2020

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EDITION 2020 : 100 P’tites p’tites Foires

LE Déconfinement... Nous y voilà !

Et l’agroécologie paysanne, la résilience et la souveraineté alimentaire dans tout ça ? Un été sans Petite Foire Paysanne ? Nous l’avons envisagé... mais nous préférons vous proposer :

’Un été et 100 Petites Foires en Wallonie et à Bruxelles !’

Le Mouvement d’Action Paysanne (MAP) et Agroecology in Action (AIA) lancent un appel à organiser l’une de ces 100 p’tites Petites Foires dans votre ferme, votre marché paysan et/ou de producteur.ice.s, votre coopérative, comptoir-paysan, groupe d’achat, lieu de vente en circuits-courts, lieu de vie et de militance,...

Une part importante de la société civile est claire : Nous ne voulons pas de retour à l’anormal !

En pleine période de déconfinement lié à la crise sanitaire, et dans les suites de la Journée internationale des Luttes Paysannes du 17 avril dernier, nous ré-affirmons notre volonté collective d’accélérer la relocalisation urgente des systèmes alimentaires, maintenant et en solidarité avec les paysan.nes et populations du monde entier. Partout dans nos territoires les initiatives se multiplient et ça bouge dans tous les sens pour pousser cette volonté commune de relocaliser nos systèmes alimentaires et renforcer un mouvement plus large et global qui ne cesse de prendre de l’ampleur !

Thème 2020 : Post-Covid : un monde relocalisé avec des paysan.ne.s pour notre souveraineté alimentaire

3 thématiques pour décliner le thème

1. Repaysannisation de la société

Les paysan·nes disparaissent, c’est un fait. De 1980 à 2017, notre pays a perdu 68% de ses fermes. Aujourd’hui, plus de 65,2% des agriculteurs·trices ont plus de 50 ans et seulement 16% d’entre-eux déclarent avoir un·e successeur présumé·e [1]. Les fermes sont de plus en plus grandes, capitalisées, industrialisées, … et sont de moins en moins transmissibles.

Si nous voulons nourrir le monde de demain, nous avons besoin d’une repaysannisation [2] de la société. Nous avons besoin de politiques qui encouragent l’installation de nombreuses petites et moyennes fermes et d’une stratégie de transmission des fermes, partout et sur tous les territoires en campagne et en ville.

Il existe beaucoup de jeunes et futur·es paysan·nes se dirigeant vers la possibilité d’installer leur projet. L’image du métier n’est malheureusement pas séduisante. De nombreuses difficultés découragent ou mettent des bâtons dans les roues des nouveaux·elles porteur·euses de projets. On parle de la difficulté physique du métier (surtout lorsque l’on fait des choix d’indépendances aux énergies fossiles), de la difficulté économique car les revenus engendrés sont difficilement viables mais également des difficultés administratives ou encore de la difficulté de trouver de nouvelles terres agricoles en Belgique.

Si nous voulons continuer à nous nourrir localement et durablement pour diminuer notre empreinte carbone, il est faudrait non seulement créer des politiques de soutien à une agriculture paysanne, familiale et nourricière mais aussi accompagner la transmission de cédant·es et trouver de nouveaux·elles repreneur·euses. Les cartes se situent autant dans les mains du politique que dans celles de la société civile. En effet, nous avons besoin que les citoyen·nes continuent à faire confiance à nos fermes paysannes et à la nourriture produite localement. Que chacun·e puisse continuer à sensibiliser ses proches, ses familles et ami·es sur la nécessité de soutenir notre agriculture belge et nos paysan·nes. Ceux.celles-ci ont également besoin de gratitude, parler d’eux/elles, rendre le métier séduisant et peut-être encourager de nouvelles générations.

En bref, il s’agit non seulement d’encourager des politiques de soutien à l’agriculture paysanne et à la conversion vers des modèles agroécologiques respectueux de la nature et de l’humain mais aussi d’une revalorisation sociale et économique du métier de paysan·ne et de ceux/celles qui nous nourrissent.

Questions à se poser pour aller plus loin en débats :

  • Comment encourager une repaysannisation vers un modèle agroécologique ?
  • Est ce que la repaysannisation implique seulement l’installation de nouveaux·elles paysan·nes qui veulent en vivre financièrement ou est-ce également un mouvement d’autonomisation des mangeur·euses afin d’effectuer une vraie relocalisation/redéploiement agricole jusque dans leurs jardins et terrains privés, (quitte à ne plus soutenir les produits paysans quand la saison est bonne au potager) ?
  • Pour nourrir notre pays, 20% des actifs de la population devraient devenir paysans contre 1% actuellement. Est-ce un objectif réaliste/faisable dans une vision de 10 ans ? Où est ce que je veux me situer dans cette transition ? Nouveau·elle paysan·ne ? Mangeur·euse solidaire ? Politique soutenant ? Porteur·euse d’un projet de facilitation du système agro/alimentaire belge ?
  • Comment influencer efficacement des états/sociétés prêts à revoir leurs valeurs centrales ?
  • Quelles seraient les étapes d’un plan de sortie d’une agriculture travaillant avec des intrants chimiques et internationalement dépendante des monopoles agroalimentaire vers une repaysannisation de la société ? Quelles pistes légales sans créer des violences supplémentaires et/ou inutiles ? Quelle place pour les travailleur·euses de ce secteur dans des chaînes relocalisées ?
    [1] StatBel, Les chiffres clés de l’agriculture 2018, https://statbel.fgov.be/sites/default/files/files/documents/landbouw/FR_Kerncijfers%20landbouw_2018_Web.pdf

[2] La repaysannisation est par essence l’expression moderne de la lutte pour l’autonomie et la survie dans un contexte de privation et de dépendance. [...] La repaysannisation implique un double mouvement. Elle suppose une hausse des effectifs. A la suite d’un afflux de l’extérieur et/ou de la reconversion d’agriculteurs entrepreneurs en paysans par exemple, les rangs de ces derniers gonflent. Elle suppose aussi un changement qualitatif : l’autonomie est accrue, et la logique qui préside à l’organisation et au développement des activités productives s’éloigne un peu plus encore de celle des marchés.” Pour plus d’informations, nous vous conseillons le livre de Jan Douwe Van der Ploeg, Les paysans du XXIe siècle. Mouvements de repaysannisation dans l’Europe d’aujourd’hui.

2. Relocaliser en solidarité

La relocalisation agricole est importante pour plusieurs raisons parmi lesquelles :

  • éviter les effets des longues chaînes, notamment des effets de transport, dépendant des énergies fossiles ;
  • contrer la mise en concurrence des agricultures du monde qui pousse les prix vers le bas, écrase les petites exploitations et augmente les inégalités ;
  • éviter la dépendance à la poignée de grands acteurs globaux, peu résiliente face aux crises comme celle que nous vivons aujourd’hui. Relocaliser et diversifier doivent aller de paire.
    C’est ainsi une évidence que la relocalisation doit être opérée. Encourager une agriculture locale c’est avant tout encourager une agriculture la plus proche de chez nous. Le bon sens devrait donc nous encourager à consommer des produits des exploitations wallonnes ce qui implique de repenser nos habitudes alimentaires.

Mais relocaliser comment ?
Premièrement, en repensant les filières. Car au delà de la matière première, si nous n’avons pas de meunerie wallonne, le blé local parcourra quand même beaucoup de kilomètres avant d’être vendu comme pain en Wallonie. C’est donc important de penser la relocalisation avec l’ensemble des acteurs du monde de la filière de la chaîne de valeur.

Deuxièmement, en créant une réelle place pour les petit.e.s producteur.trice.s “et des possibilités pour les petites et moyennes entreprises de prospérer dans des chaînes d’approvisionnement alimentaire plus courtes, plus durables et plus proches de chez elles” [1].

Troisièmement, en solidarité pour ne laisser personnes derrière.

En solidarité, pour :

  • créer des moyens de subsistance décents pour les producteur.trice.s et revoir les conditions de travail des saisonnier.ère.s venus de l’étranger.
  • qu’il n’y ait pas d’affrontement entre travailleur.euse.s de la grande distribution et petit.e.s agriculteur.trice.s ; qui sont tou.te.s deux victimes d’un système alimentaire non durable.
  • permettre aux personnes plus précaires d’avoir accès à une alimentation saine et durable tout comme ceux qui ont plus de moyens. L’alimentation saine est un droit et non un privilège.
  • permettre les échanges internationaux encore nécessaires aujourd’hui pour la survie de certaines populations rurales et urbaines du monde [2].
    Pour tout cela, les gouvernements ont évidemment un rôle central à jouer. Il faut que leurs soutiens, pour le moment au profit d’un système alimentaire à grande échelle, spécialisé et axé sur l’exportation, soient plutôt axés sur la construction d’infrastructures pour une production, une transformation et des marchés alimentaires locaux plus diversifiés.

Relocaliser en solidarité, c’est donc penser de manière systémique, réfléchir en transparence, inclure les parties prenantes, et planifier dans le temps. “Le risque qu’on a après cette transition, c’est qu’on vienne avec des approches simplistes : soit de continuer comme on l’a toujours fait ; soit de vouloir renverser la table. Dans les deux cas, c’est irrespectueux du monde agricole d’ici et d’ailleurs. [3]’

Questions pour aller plus loin :

  • Quels échanges internationaux et quelles interdépendances à garder dans un monde relocalisé ?
  • Paysans d’ici et d’ailleurs : les mêmes enjeux pour la relocalisation ?
  • Comment allier justice migratoire et main d’oeuvre agricole saisonnière ?
  • Est-ce que manger bio et local doit être réservé aux bobos ? Les mangeur.euse.s précarisé.e.s doivent-ils rester les poubelles de l’agro-industrie ?
    [1] Jennifer Clapp, New York Times, Spoiled Milk, Rotten Vegetables and a Very Broken Food System, 8 mars 2020, https://www.nytimes.com/2020/05/08/opinion/coronavirus-global-food-supply.html

[2] De nombreuses populations à travers le monde sont aujourd’hui dépendantes des échanges internationaux pour se nourrir. C’est le cas par exemple de la Côte d’Ivoire et du Ghana, les deux premiers pays exportateurs mondiaux de cacao, qui se sont spécialisés dans ces denrées et ont perdu, à cause de la crise du Covid-19, des marchés en Europe et en Asie, mettant leurs populations rurales dans des situations de grande vulnérabilité. C’est le cas également de nombreux pays africains qui dépendent fortement des importations de blé et de riz, devenus des produits de base de leur alimentation. Par ailleurs, rappelons-nous que certains produits ne peuvent simplement pas être produits partout. Toutes les terres, tous les climats, ne peuvent produire tous les aliments. En Europe, on force déjà la nature à produire de l’avocat, mais à quel prix pour l’environnement ? Qu’en est-il de la banane, du cacao, du café ? Enfin, il nous semble important que les terres fertiles d’une région puissent nourrir les habitant.e.s de terres moins fertiles. La dépendance mutuelle pour certains produits est ainsi inévitable, et nous devons continuer à échanger au niveau international. Il s’agit cependant d’éviter la spécialisation au détriment de cultures nourricières et d’éviter les échanges au détriment des marchés locaux.

[3] Ph. Baret, Etopia, COVID-19 : Philippe Baret : « Il faut réfléchir à une souveraineté alimentaire qui évite l’identitaire et le repli sur soi », 16 avril 2020

3. Et si ça se reproduisait ?

La crise sanitaire à laquelle nous avons dû faire face se termine doucement… Mais qu’arriverait-il si cela se reproduisait ? Pour les paysan·ne·s et leurs allié·e·s, la crise a représenté un véritable défi logistique, organisationnel et financier. Quelles leçons allons-nous en tirer ? Comment pourrions-nous nous adapter en amont pour renforcer notre résilience face aux chocs à venir ? Pour les mangeur·euse·s, la crise a été l’occasion de (re)découvrir les plaisirs du circuit court et des produits paysans. Quelles perspectives cela a-t-il ouvert pour le futur ? Comment cultiver et fidéliser cette nouvelle clientèle ?

Le système d’approvisionnement alimentaire global a montré ses faiblesses. En effet, le choix de la spécialisation des cultures par pays s’est vu remettre en question par la crise. Le Belgique s’étant spécialisée dans la culture de pomme de terre, nous avons été témoin de l’abandon de tonnes de pommes de terre belges qui ont finalement pourri dans des containers lorsque les échanges commerciaux ont ralenti. De plus, un stress s’est fait ressentir sur l’approvisionnement d’autres types de denrées alimentaires car la Belgique dépend fortement des importations de l’étranger. On constate par exemple que le taux d’auto-approvisionnement de la Wallonie (c’est-à-dire le taux de production locale par rapport à la consommation) n’est que de 17 % pour les fruits et légumes frais ; 33 % pour les céréales panifiables ; 10 à 15 % pour les élevages ovins et caprins [1].

D’une part ce bilan global remet fortement en question la stratégie commerciale de spécialisation par pays et d’échanges internationaux, d’autre part, nous avons également pu tirer d’autres types d’enseignements plus locaux :

Du côté de la production et de la distribution paysannes d’abord, la crise a eu des impacts contrastés : augmentation de la demande qui a parfois triplé, suppression des marchés et des livraisons horeca, impacts sanitaires sur la production, mobilisation et soutien des mangeur·euse·s dans certains cas, création de nouveaux points de vente de proximité, livraisons, etc. Le secteur compte en effet une diversité importante de d’acteur·trice·s, dont la situation diffère selon les circuits de commercialisation, la situation financière et les investissements, la main d’oeuvre qu’ils·elles emploient, le soutien dont ils·elles jouissent de la part des mangeur·euse·s et bien d’autres facteurs encore. Le vécu de la crise n’est en aucun cas monolithique… Veillons donc à prendre en compte cette diversité pour s’adapter de manière solidaire !

Questions pour aller plus loin :

  • Quel a été l’impact de la crise sur notre/nos activités ?
  • Comment nous sommes-nous adapté ? Qu’avons-nous mis en place ?
  • L’expérience a-t-elle été positive/négative ? Pourquoi ?
  • A refaire, que ferions-nous autrement ?
  • Parmi les adaptations effectuées, quelles sont celles qui devraient être maintenues ?
    Du côté des consommateur·trices ensuite, nous avons constaté un retour massif au circuit court et paysan. Quelles que soient les raisons qui ont poussé les consommateur·trice·s à se tourner vers ces produits, elles ont permis à un grand nombre de personne d’expérimenter une alimentation locale, saine et savoureuse. De leur point de vue, quels ont été les apprentissages, les prises de conscience, les nouveaux comportements qu’a provoqué la crise dans le domaine de l’alimentation ? Les facteurs ayant une influence sur les changement de comportement divers et variés. En avoir une compréhension large nous permettra d’agir ensuite à différents niveaux.

Questions pour aller plus loin :

  • Avons-nous changer nos habitudes alimentaire ? En quoi ? Allons-nous continuer ?
  • Pourquoi nous sommes-nous dirigés vers le circuit court ?
  • L’expérience a-t-elle été négative/positive ? Pourquoi ?
  • Que retiendrons-nous pour le futur ?
  • Qu’aurions-nous besoin pour nous permettre de continuer dans cette voie par la suite ?
  • Seriez-vous prêts à agir au quotidien, à vous organiser collectivement ou encore à faire une action symbolique lors de la Petite Foire : une photo aérienne, une banderole collective, une fresque de l’avenir ?

Pistes des possibles

Les citoyen·ne·s confinées se sont massivement tourné·e·s vers le circuit court. Chez certain·e·s producteur·trice·s, magasins ou coopératives de produits locaux, la demande a triplé durant la période de crise. Quelle que soit les raisons qui ont poussé les consommateur·trice·s à se tourner vers le circuit court, elles ont permis à un grand nombre de personne d’expérimenter une alimentation locale, saine et savoureuse. Beaucoup ont redécouvert le plaisir de rencontrer le·a producteur·trice de leurs aliments et de cuisiner les produits locaux. En parallèle, la crise a également démontré la dangereuse dépendance de notre société à la grande distribution et au système agro-industriel mondialisé qui ont pourtant montré leur limites [2].

L’intérêt des mangeur·euse·s pour les produits sains et locaux est clair, mais cet engouement perdurera-t-il après la crise ? Serait-il possible que cette crise soit un levier de changement plus profond ? Comment pourrait-on tirer profit de cette crise, par ailleurs terrible, pour fidéliser les personnes qui ont fait l’expérience de s’approvisionner en produits locaux ? Comment s’assurer que les comportements d’achat ne reviennent pas aux habitudes d’avant la crise ? Il faudra identifier ce qui a changé pour les consommateur·trice·s (prise de conscience ? souplesse de l’organisation quotidienne due au confinement ? occasion de sortir avec les enfants ? facilité de la livraison ?) pour mettre en place ce qui permettra de conserver ces nouveaux·elles mangeur·euse·s.

L’organisation de la Petite Foire 2020, contrainte de se multiplier et de se décentraliser par les mesures sanitaires, vous propose de permettre aux mangeur·euse·s de soutenir l’agriculture paysanne lors de votre évènement, mais aussi par la suite : agir au quotidien (comment s’organiser pour continuer à se fournir en produits frais, locaux et sain ?), s’organiser collectivement (pourquoi ne pas créer un service citoyen de livraison ? un GASAP ? rejoindre les BAP ?), adresser un message aux responsables politiques (pourquoi pas une petite mobilisation : une photo aérienne, une banderole collective, une fresque de l’avenir ?).

[1] “Le Covid-19 montre l’urgence de relocaliser dès maintenant les systèmes alimentaires.” Carte Blanche, LeSoir, 12/04/2020

[2] 1) Capacité productive : la production agricole dépend d’une main d’oeuvre esclavagiste étrangère qui, confinée, n’est pas en mesure d’assurer les récoltes. 2) Capacité distributive ensuite, car le marché agroalimentaire fonctionne à flux tendu. Un grain de sable peut faire dérailler la logistique et empêcher l’approvisionnement 3) Capacité/responsabilité sociale pour finir, car l’aide alimentaire dépend des surplus de l’agro-industrie, or quand le nombre de personnes soumises à cette aide explose et que les surplus se raréfient (ou ne concernent que certains secteurs, comme la patate), le risque de crise alimentaire devient tangible.

Ressources en lien avec le thème :

Rapports et analyses